12 février 2016, Staples Center. Le public est en transe. Il applaudit à un autre tir à 3 points, sur une action digne d’un hall of famer. Pourtant, on n’est pas encore aux All-Star Game. Ce n’est que le Rising Stars Challenge et l’auteur du panier qui déclenche cette ovation n’est ni Stephen Curry, ni James Harden. Souriant, le jeune meneur congolais de l’équipe internationale, Emmanuel Mudiay, retourne se placer pour défendre. Son visage ne laisse transparaitre aucune autre émotion qu’un plaisir affiché de se trouver sur ce parquet. Mais on devine au fond de lui une grande satisfaction, car il y a quelques mois ce Congolais, qui a vécu la guerre civile, évoluait encore en Chine, loin des projecteurs de la NBA.

Bien malin qui aurait prédit au jeune Emmanuel Mudiay qu’il jouerait en NBA, au poste de meneur pour les Denver Nuggets. En effet, c’est très loin des États-Unis, en République Démocratique du Congo que commence l’histoire de l’un des rookies les plus en vue de la NBA. Emmanuel Mudiay est né le 5 mars 1996 à Kinshasa, en pleine guerre civile. Son père meurt d’ailleurs peu de temps après sa naissance, des affres de cette guerre. À partir de ce moment la vie de la famille Mudiay, composée d’une mère et de ses trois garçons, va devenir très mouvementée. « Parfois, j’y repense, révèle le benjamin de la fratrie. Je sais ce qui s’est passé, mes frères, ma mère, ma famille m’en reparlent de temps en temps. Ce n’était pas de bons moments, mais de mauvais souvenirs même pour nous tous. Mais aujourd’hui, heureusement, tout se passe bien. Mais je n’oublie rien », révèle Emmanuel à un journaliste de RFI. Finalement, Emmanuel, ses deux grands frères et sa mère vont réussir à rejoindre les Etats-Unis en 2001. C’est dans ce pays qu’Emmanuel, à l’instar de ses frères, va découvrir le basket-ball. Très doués, les deux frères d’Emmanuel se font un nom au niveau universitaire. Celui-ci ne tarde pas à suivre leurs traces et se fait repérer dès le collège par de nombreux dénicheurs de talents.

L’intermède chinois

Aux États-Unis, Emmanuel Mudiay commence à attirer l’attention de nombreux recruteurs. Il est sélectionné pour divers camps de détection réunissant les joueurs les plus prometteurs de la planète. Il se distingue très rapidement et impressionne les entraineurs de NBA présents. « Il a toujours été dans les cinq meilleurs jeunes joueurs du pays», raconte Clint Capela, un autre rookie d’origine africaine, à propos de la pépite congolaise. Mais contre toute attente, alors que plusieurs universités prestigieuses lui tendent les bras, Emmanuel Mudiay choisit de signer, en 2014, son premier contrat professionnel avec l’équipe chinoise des Guangdong Southern Tigers. Il refuse d’expliquer son choix qu’il justifie par des «raisons personnelles » qu’il souhaite garder pour lui. Il ne met pas beaucoup de temps pour se mettre les supporters chinois dans la poche. Douze matchs et 18 points en moyenne, c’est tout ce qu’il lui faut pour être classé parmi les meilleurs joueurs du pays. Il devient une vedette du championnat et porte littéralement son équipe qui devient, le temps de sa présence, l’une des plus dangereuses du championnat. Mais, le train de la NBA va repasser pour le jeune congolais.

Un retour en NBA et prémices d’une carrière de future star

En 2015, Emmanuel Mudiay quitte l’équipe chinoise des Guangdong Southern Tigers pour participer à la draft NBA. Il s’agit d’une session annuelle de recrutement des meilleurs jeunes joueurs organisée par la NBA. Elle se déroule en un match qui oppose les meilleurs jeunes joueurs de la planète. Les performances du meneur sont si impressionnantes qu’il est sélectionné en 7e position par les Nuggets, l’équipe de la ville de Denver. Il le sait, faire partie des dix premiers sélectionnés après la Draft NBA prouve toutes les attentes nourries par sa nouvelle équipe. Il va s’appliquer à ne pas décevoir les fans des Nuggets avec des moyennes de 11,4 points, 3,2 rebonds et 5,9 passes, pour un temps de jeu moyen de 30 minutes. Sa façon de jouer est si impressionnante que Jason Kidd, double médaillé d’or olympique avec la Team USA et champion NBA, en 2011, avec les Dallas Maverick, lui prédit une carrière plus grande que la sienne. « Il sera meilleur que moi. Il est extrêmement doué et n’a pas peur de prendre des tirs importants. Peu de joueurs peuvent être le patron de leur équipe aussi jeunes », déclarait l’ex-champion NBA. « Il a une vraie intelligence de jeu. Son physique lui permet de s’opposer à des avions de chasse comme Russel Westbrook, John Wall ou Derrick Rose », renchérit Jacques Monclar, l’ex-international français et ancien sélectionneur de la Côte d’Ivoire. En février 2016, Emmanuel Mudiay est sélectionné pour le premier événement du Week-end All-Star, rassemblant les meilleurs joueurs de la ligue nord-américaine de basket, le « Rising Stars Challenge ». Il s’agit d’un match auquel prennent part les meilleurs rookies (1e saison en NBA) et sophomores (2e saison en NBA). Le match oppose une sélection des meilleurs internationaux aux meilleurs joueurs américains. Le meneur congolais de 19 ans est le meneur titulaire de l’équipe internationale et livre une performance impressionnante. Il finit le match à 30 points (à égalité avec Zach Lavine désigné meilleur joueur du match) et 10 passes décisives, prouvant encore une fois qu’en plus de ne pas être là par hasard, il est l’une des étoiles montantes de la NBA et du basket africain. C’est d’ailleurs l’avis de Jacques Monclar qui pense qu’ « il a le sens du jeu, le sens de la passe et il pourrait porter très haut le basket africain ».

La pépite congolaise, fan du hall of famer Magic Johnson, a de très grandes ambitions. « Mon objectif, c’est de participer au grand All-Star Game, d’être parmi les meilleurs. Quand tu arrives en NBA, c’est ton but. Mais mon rêve, ce n’est pas de gagner un titre NBA. C’est d’en gagner plusieurs », déclare-t-il. Concernant la sélection nationale de RDC, il préfère attendre. « On verra, on va en discuter mais je n’oublie pas mes origines. J’en suis fier.»

ecceafrica

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