Alia Al Kasimi, la cuisinière YouTube aux mille et une saveurs

Depuis Youtube et sa chaine Cookingwithalia, Alia Al Kasimi envoûte les sens des amateurs de cuisine. Elle affiche ses racines marocaines, mais également ses inspirations algériennes, irakiennes, coréennes, américaines et son alliance indienne, dans un melting-pot culinaire des plus agréables. Dur de croire que celle qui revisite et réinvente, sur la toile, les classiques de la cuisine marocaine, ne savait pas cuire un œuf, il y a encore 7 ans.

Ses vidéos culinaires tournent souvent autour de 720 000 vues par mois. Sa chaîne totalise près de 200 000 abonnés. Alia Al Kasimi est une véritable star des fourneaux qui a réussi à la seule force de sa passion, à devenir une des plus grandes ambassadrices mondiales de la cuisine marocaine.

« Je ne savais pas cuire un œuf »

Alia Al Kasimi est vraiment une femme aux mille et une saveurs. Née à Rabat, en 1981, d’une mère marocaine et algérienne, et d’un père irakien, Alia a vécu au Maroc jusqu’à ses 21 ans. Ses parents, tous deux enseignants, l’inscrivent à l’école américaine de Rabat où elle fait de brillantes études primaires et secondaires. Elle poursuit ses études, à l’université d’Akhawayn, où elle s’inscrit en sciences de l’ingénierie. A cette époque, la cuisine n’a pas vraiment une place importante dans la vie de la jeune fille. En 2003, elle obtient une bourse pour l’université d’Indiana aux Etats-Unis.  Elle quitte alors le royaume pour aller faire un Master aux Etats-Unis. C’est là-bas que naît sa passion pour la cuisine. Et tout est parti d’une visite de sa grand-mère. « A l’époque, je ne savais pas cuire un œuf, se rappelle la jeune femme. En 2008, ma grand-mère est venue me rendre visite à New-York. La bouffe marocaine me manquait alors je lui ai demandé de faire des baghrir (ndlr : plat traditionnel marocain) avec les ingrédients du bord », raconte-t-elle. Désirant faire découvrir cette cuisine à ses amis américains, elle décide de filmer la scène et de la commenter en anglais. Surprise, la vidéo fait un véritable carton. Elle est particulièrement appréciée par les américaines mariées à des Marocains. Suite à leurs sollicitations, Alia Al Kasimi décide de réaliser d’autres vidéos.

« J’ai appris devant tout le monde, sur Internet »

Le problème c’est que la jeune femme ne sait pas cuisiner. En plus, à cette époque, elle a un poste de consultante à Wall Street qui lui prend 80 heures par semaine. Malgré tous ces obstacles, la toute nouvelle passionnée de cuisine décide d’utiliser son temps libre pour apprendre à cuisiner…sur internet. « J’ai appris devant tout le monde, sur Internet », se rappelle-t-elle. En fait, elle poste sur sa chaîne des vidéos où elle apprend à cuisiner, pour permettre à son public d’apprendre, en même temps qu’elle, la cuisine en général et la cuisine marocaine en particulier. Poussée par la satisfaction que lui procure ce statut d’« ambassadrice de la cuisine marocaine à l’étranger », Alia s’améliore très vite. Si vite, qu’en quelques jours elle peut déjà réaliser de meilleures vidéos. « C’était le début des chaînes YouTube, je prenais toute la nuit pour uploader une vidéo ». Elle passe son temps libre, à préparer ses présentations de recettes, sur la base des conseils fournis par sa grand-mère. Elle n’arrête pas une seconde de penser cuisine et en tire un grand plaisir. « Alors qu’ils étaient totalement enfouis, les souvenirs de moments passés avec ma grand-mère dans sa cuisine quand j’étais enfant rejaillissent au fur et à mesure que j’explore la gastronomie marocaine », confie Alia. Elle commence à fournir des vidéos plus abouties, de manière régulière. « Même quand je me suis retrouvée bloquée pendant plusieurs jours au Brésil pour le travail, j’ai réussi à trouver une cuisine chez quelqu’un pour réaliser mes vidéos », se souvient Alia.

Le rejet des siens avant un succès mondial

La chaîne YouTube Cookingwithalia commence alors à être connue. Elle rencontre beaucoup de succès auprès du public étranger. Du côté du Maroc par contre, Alia ne fait pas l’unanimité. En dehors des moqueries reçues, pendant qu’elle apprenait en vidéo, la jeune femme reçoit des insultes d’internautes marocains, lorsqu’ils jugent une recette pas assez représentative du royaume. C’est le cas de l’épisode de la dégustation de scorpions qui lui a valu de nombreuses insultes des siens. « Je n’ai jamais honte. J’ai mangé un scorpion comme je peux manger cinq bols d’escargots dans la médina de Rabat et on mange bien des criquets dans le sud du Maroc ! », affirme-t-elle. Blessée par ces remarques, elle a pu compter sur le soutien de son époux, un Indien rencontré aux Etats-Unis. « Mon mari m’a dit, si Obama a gagné avec 51 %, toi aussi tu peux te contenter de 51 % de gens satisfaits, tu n’as pas besoin de plaire à 100 % », raconte Alia. Elle décide alors de faire avec. « Au Maroc, s’il y a une intolérance de la part de certains, c’est à cause de l’ignorance », philosophe-t-elle. A force de persévérance, elle gagne peu à peu les faveurs de son public marocain. Des épisodes tels que « Comment faire le couscous en dix minutes » ou un « tagine avec les ingrédients du bord « , sont même très appréciés par les marocains.

En 2010, elle publie un livre et un DVD intitulé Moroccan Cooking the Easy Way. Une année plus tard, sa chaîne est sélectionnée pour le programme “YouTube Next Chef”. L’an 2013 sera la véritable année de sa consécration. Son livre de recettes, écrit en partenariat avec le restaurant « La Maison arabe » de Marrakech, est un véritable succès. Finaliste du concours “Seoul, my recipe” en Corée, Alia est invitée, en tant que juré, pour l’épreuve de cuisine marocaine de Master Chef Pologne. Aujourd’hui, avec plus de 33 millions de vues et 420 vidéos de recettes, “Cooking with Alia” est définitivement un ambassadeur de la gastronomie marocaine en occident.

Aujourd’hui, Alia récolte les fruits de son engagement pour la valorisation de la cuisine marocaine. Si elle refuse toujours de communiquer ce que lui rapportent ses vidéos, on sait tout de même qu’elle se prépare à quitter son emploi de stratégiste globale chez Samsung, pour s’y consacrer. Depuis quelques mois, ses vidéos sont réalisées de manière plus professionnelle. D’ailleurs, elle travaille maintenant avec six personnes. « Il y a le cameraman, trois éditeurs, deux designers et une assistante social média », détaille-elle. Par ailleurs, Alia s’installera bientôt à Singapour, pour le travail de son mari. Mais la jeune marocaine prévoit de faire de ce déménagement dans le « centre culinaire de l’Asie », une étape dans son exploration mondiale des saveurs.

Avec ecceafrica

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